MANDE LANGUAGES
 

Looma

 

Ce peuple et cette langue sont connus sous le nom de looma (on écrit le plus souvent Loma ou Lorma, dans ce dernier cas on insère le -r- pour rendre la longueur de la voyelle). Il y a aussi une autre appellation, bouzy, mais ce nom est plutôt péjoratif. En Guinée on utilise le plus souvent le terme toma (sans doute, ce nom est entré dans les langues voisines avant la lénition des consonnes intiales dans le looma, ce qui a donné le changement *tɔɔma > lɔɔma).

Au début des années 1990 le nombre des locuteurs du looma a été évalué à approximativement 280.000, en parties plus ou moins égales en Guinée et au Libéria.

Carte de la langue looma

La langue looma est remarquable par le fait que, à la différence des autres langues mandé sud-ouest, il a subi une dénasalisation de l'élément final nasal qui s'est amuï devant une pause. Un autre trait est les tons "invertis" (par rapport aux autres langues du groupe). A part ça, cette langue se caractérise par les règles de l'assimilation progressive tonale qui rendent difficile l'identification des tons lexicaux des mots. C'est la raison pour laquelle il n'existe de nos jours aucun dictionnaire looma où les tons lexicaux des mots seraient indiqués.

Le looma se caractérise par une grande diversité dialectale. La différence très prononcée existe entre les dialectes du nord (le groupe lolouma - ninibou) et tous les autres: ils ne se comprennent que très difficilement avec les dialectes guinéens du sud et libériens. D'ailleurs, les dialectes guinéens de l'est (vhekema, weima) sont aussi sensiblement différents des dialectes libériens. En Guinée, c'est le dialecte woï-balagha qui est pris comme la base de la norme littéraire. Il est parlé au nord de Maçenta; malgré un nombre assez faible de ses locuteurs, il est remarquable pour sa position intermédiaire entre les dialectes du nord et du sud, ce qui le rend compréhensible pour les deux.

Un des dialectes guinéens du nord, le kolouma, est décrit dans la grammaire d'André Prost (malheureusement, sans notation tonale):

Prost, André . La langue Loghoma. Esquisse grammaticale suivie de textes et d'un glossaire. Université de Dakar, Documents linguistiques, No 13, 1967, 168 p.

Un ouvrage plus moderne (mais aussi sans notation tonale), où les données du woï-balagha sont traitées, est paru plus récemment:

Wilhoit, Laura K. A Principles and Parameters Approach to Loma Grammar. M.A. Dissertation. University of Texas at Arlington, 1999.

Au Liberia le looma a été beaucoup étudié, surtout par les missionnaires américains, avant la guerre civile (1989-2003). En 1949, une grammaire a été écrite, où les tons de la réalisation superficielle ont été marqués; elle a été publiée en 2006:

Sadler, Wesley L. A complete analysis of the Looma language, Interior Liberia, West Africa. Mandenkan, 42, 2006, 109 p.

D'ailleurs, les idées de cet auteur ont été présentées dans son manuel publié en 1951:

Sadler, Wesley L . Untangled Loma. Baltimore, 1951. 465 p.

Il faut également mentionner les manuels de la langue looma pour le Corps de la Paix écrits par David Dwyer et ses co-auteurs:

Dwyer D., Bodegie P., Baque J. A Learner Directed Approach to Lorma. East Lansing, African Studies Center. Michigan State University, 1981.

Dwyer D., Bodegie P., Baque J . A Reference Handbook of Lorma. East Lansing, African Studies Center, Michigan State University, 1981.

Parmi d'autres publications, il y a un article important où le type actif/statif du looma est discuté (malheureusement, il contient quelques erreurs graves d'interprétation) :

Rude, Noel . Ergativity, and the Active-Stative Typology in Loma // Studies in African Linguistics (Los Angelos), 14:3, 1983, pp. 265-283.

Une bibliographie de la langue, histoire et culture looma, très détaillée, a été préparée par Robert Leopold, un anthropologue qui a beaucoup travaillé chez les Looma.

Daria Mischenko avec son assistant de langue Samuel Zoumanigui

Une grammaire looma a été publiée en russe:

Выдрин В.Ф. Язык лоома. Москва: "Наука", 1987. 121 с. [Valentin Vydrine. La langue looma. Moscou: Nauka, 1987, 121 p.]

Elle comporte un petit dictionnaire looma, qui contient beaucoup d'erreurs, mais il semblerait qu'il reste toujours le plus important parmi les dictionnaires publiés du looma. La grammaire reste le seul ouvrage où les données des différents dialectes sont rassemblées. Cependant, il faut avouer qu'à beaucoup d'égards elle ne correspond plus au niveau contemporain de linguistique, et ses interprétations et conclusions demandent une révision. En particulier, les tons ne sont pas analysés comme il faut. Une tentative de combler cette lacune a été entretprise dans un article publié deux ans plus tard:

Vydrin, Valentin. Tonal system of Looma language. Mandenkan, No. 18, 1989, с . 81-96.

En analysant les textes du manuel de Wesley Sadler (1951), l'auteur a établi des classes tonales d'une façon plus nuancée, et les particularités de leur comportement ont été considérées. Cependant, cette tentative n'a pas atteint tous les buts.

Comme le système tonal looma représente l'aspect le plus difficile de cette langue, il a été choisi comme objet de recherche de Daria Mischenko, étudiante de la Faculté des Lettres de l'Université d'État de St. Petersbourg. Ella a fait son premier séjour en Afrique en janvier-février 2009.

Daria s'est attaquée au dialecte woï-balagha, celui qui avait été choisi comme normatif en Guinée. L'étude de Daria Mischenko a manifesté que les règles de la propagation progressive tonale ont marginalisé les tons lexicaux des mots, tandis que les tons grammaticaux gardent toujours leur importance.

Les résultats de cette étude extraordinaire ont été exposés dans son travail de fin d'année universitaire:

Д.Ф.Мищенко. Тональная система лоома (диалект вои-балага). СПбГУ, 2009. [Daria Mischenko. Le système tonal du looma (dialecte woï-balagha). Université d'État de St. Petersbourg, 2009.]

Une version  concise de cet étude a été publié en anglais:

Mishchenko, Daria. Tonal System of Looma Language: The Woi-Balagha Dialect. Mandenkan (Paris), 45, 2009, pp. 3-16.